Paul Gauguin - Des lettres & des peintres

Juillet 2011 - Musée des lettres et des manuscrits , du 29 avril au 28 août
 

Paul Gauguin

« Vous avez l’air de broyer du noir ; je croyais que vous ne vous serviez plus de cette couleur. » Ainsi Paul Gauguin évoque-t-il, le 18 janvier 1882, les sombres transports de son mentor, le peintre Camille Pissarro. Un état d’âme qu’il connaît bien puisqu’il colore en grande partie sa superbe correspondance. Car, oui, Gauguin, a le goût des mots. Il sait les manier pour bâtir au milieu de mille maux (problèmes d’argent, ennuis matrimoniaux et familiaux, mauvaises critiques, etc) sa propre mythologie. Celle d’un homme qui entre la bourse et la vie a choisi, un « peintre du dimanche » qui abandonne sa carrière d’agent de change pour devenir un héraut de l’impressionnisme avant de rejoindre les symbolistes et d’inventer le Synthétisme. Celle d’un peintre sinon maudit, du moins incompris qui fuit Paris pour la Bretagne, s’en va en Arles pour un épisode tragique avec Van Gogh ou trouve refuge en Océanie. En février 1891, il indique à Jules Huret, journaliste dont la prospérité est due à ses entretiens avec les grands écrivains du XIXème siècle, son besoin de partir vers Tahiti. « J’ai besoin de me retremper dans la nature vierge, de ne voir que des sauvages, de vivre de leur vie, sans autre préoccupation que de rendre, comme le ferait un enfant, les conceptions de mon cerveau avec l’aide des moyens d’art primitifs, les seuls, les bons ». Mais l’alcool et la syphilis auront raison de ses dernières forces et il s’éteint à Hiva Oa, une des îles Marquises, le 8 mai 1903, dans sa case baptisée « la maison du jouir ».

 

Querelles impressionnistes

« Le peintre du dimanche », élève de Pissaro, va s’émanciper. Dans la lettre à son maître rédigée, en 1882, sur un avis d’opération de l’Agence Financière des Assurances qui emploie encore Gauguin, le disciple fait preuve de fougue vis-à-vis de son maître. Les choses n’avancent pas assez vite pour lui et il déplore les chamailleries incessantes au sein du groupe des impressionnistes. Malgré une brouille avec Degas, il lui vouera, à l’instar de Pissarro ou de Cézanne, une admiration sans faille même après avoir rompu avec le mouvement auquel il donne de somptueuses toiles dont Etude de nu ou Suzanne cousant (1881).

  • Lettre autographe signée de  Paul Gauguin adressée à Pissarro (3e p. avis d’opérer de l’Agence Financière des Assurances), Paris 18 janvier 1882 (1)
    Lettre autographe signée de Paul Gauguin adressée à Pissarro (3e p. avis d’opérer de l’Agence Financière des Assurances), Paris 18 janvier 1882 (1)Agrandir
  • Lettre autographe signée de  Paul Gauguin adressée à Pissarro (3e p. avis d’opérer de l’Agence Financière des Assurances), Paris 18 janvier 1882 (2)
    Lettre autographe signée de Paul Gauguin adressée à Pissarro (3e p. avis d’opérer de l’Agence Financière des Assurances), Paris 18 janvier 1882 (2)Agrandir
 
 

Un peintre face aux marchands

Un "caïman de la pire espèce". Ainsi Gauguin désigne-t-il le célèbre marchand Vollard. C’est que le découvreur de talents, qui fit fortune en achetant des tableaux à des inconnus qui ne le restèrent pas (de Manet à Picasso en passant par Degas) a du mal à vendre l’élève de Pissarro qu’il expose, en 1898, dans sa galerie, dont le chef d’œuvre D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? (Museum of Fine-Arts de Boston), avant de passer un contrat assurant à Gauguin 300 francs par mois. Modeste traite qui témoigne des difficultés financières de l’artiste qui cherchera à écouler ses toiles en douce. Dans une deuxième lettre adressée à Camille Pissaro et présentée ci-dessous, on voit tout l’embarras financier dans lequel le peintre se trouve depuis le départ de sa femme. Il se dit même prêt à vendre ses meubles et confie : « [...] Vous voyez que pour la misère je ne suis guère armé ».  

  • Lettre autographe signée, adressée à son galeriste et marchand Ambroise Vollard, sans date. (1)
    Lettre autographe signée, adressée à son galeriste et marchand Ambroise Vollard, sans date. (1)Agrandir
  • Lettre autographe signée, adressée à son galeriste et marchand Ambroise Vollard, sans date. (2)
    Lettre autographe signée, adressée à son galeriste et marchand Ambroise Vollard, sans date. (2)Agrandir
  • Lettre autographe signée adressée à Camille Pissarro. S.l.n.d. [Rouen: juillet 1884]. (1)
    Lettre autographe signée adressée à Camille Pissarro. S.l.n.d. [Rouen: juillet 1884]. (1)Agrandir
  • Lettre autographe signée adressée à Camille Pissarro. S.l.n.d. [Rouen: juillet 1884]. (2)
    Lettre autographe signée adressée à Camille Pissarro. S.l.n.d. [Rouen: juillet 1884]. (2)Agrandir
 
 

Martyr de l’art

« Nous sommes en pleine mélasse, mais nous ne sommes pas encore mort. Quant à moi, ils n’auront pas ma peau ». Voilà ce qu’écrit Gauguin à son cher ami, Émile Bernard, alors qu’il s’est installé en Bretagne. Dans cette lettre datée de juin 1890, où figure le dessin d’un vase anthropomorphe, le peintre attend des jours meilleurs. Ils ne viendront pas comme en témoigne, huit ans plus tard, sa liaison épistolière avec Georges-Daniel de Monfreid, le père d’Henry l’aventurier. De Papeete, il  confie son désespoir et son chagrin d’avoir appris la mort de Stéphane Mallarmé : « Encore un qui est mort en martyr de l’art ». Il poursuit, comme s’il évoquait son propre sort : « cette société (...) fait exprès de se tromper sur la valeur des gens de leur vivant (...) ».    

  • Lettre autographe signée à Georges Daniel de Monfreid à en-tête imprimé « Etablissements français de l’Océanie. Travaux publics et cadastre. Bureau du chef de service ». Papeete, 12 décembre 1898. (1)
    Lettre autographe signée à Georges Daniel de Monfreid à en-tête imprimé « Etablissements français de l’Océanie. Travaux publics et cadastre. Bureau du chef de service ». Papeete, 12 décembre 1898. (1)Agrandir
  • Lettre autographe signée à Georges Daniel de Monfreid à en-tête imprimé « Etablissements français de l’Océanie. Travaux publics et cadastre. Bureau du chef de service ». Papeete, 12 décembre 1898. (2)
    Lettre autographe signée à Georges Daniel de Monfreid à en-tête imprimé « Etablissements français de l’Océanie. Travaux publics et cadastre. Bureau du chef de service ». Papeete, 12 décembre 1898. (2)Agrandir
  • Lettre autographe signée à Georges Daniel de Monfreid à en-tête imprimé « Etablissements français de l’Océanie. Travaux publics et cadastre. Bureau du chef de service ». Papeete, 12 décembre 1898. (3)
    Lettre autographe signée à Georges Daniel de Monfreid à en-tête imprimé « Etablissements français de l’Océanie. Travaux publics et cadastre. Bureau du chef de service ». Papeete, 12 décembre 1898. (3)Agrandir
  • Lettre autographe signée, adressée à Émile Bernard, datant de juin 1890, Le Pouldu (lettre illustrée d’un dessin orignal d’un vase anthropomorphe offert à la sœur de Bernard). (1)
    Lettre autographe signée, adressée à Émile Bernard, datant de juin 1890, Le Pouldu (lettre illustrée d’un dessin orignal d’un vase anthropomorphe offert à la sœur de Bernard). (1)Agrandir
  • Lettre autographe signée, adressée à Émile Bernard, datant de juin 1890, Le Pouldu (lettre illustrée d’un dessin orignal d’un vase anthropomorphe offert à la sœur de Bernard). (2)
    Lettre autographe signée, adressée à Émile Bernard, datant de juin 1890, Le Pouldu (lettre illustrée d’un dessin orignal d’un vase anthropomorphe offert à la sœur de Bernard). (2)Agrandir
  • Lettre autographe signée, adressée à Émile Bernard, datant de juin 1890, Le Pouldu (lettre illustrée d’un dessin orignal d’un vase anthropomorphe offert à la sœur de Bernard). (3)
    Lettre autographe signée, adressée à Émile Bernard, datant de juin 1890, Le Pouldu (lettre illustrée d’un dessin orignal d’un vase anthropomorphe offert à la sœur de Bernard). (3)Agrandir
  • Lettre autographe signée, adressée à Émile Bernard, datant de juin 1890, Le Pouldu (lettre illustrée d’un dessin orignal d’un vase anthropomorphe offert à la sœur de Bernard). (4)
    Lettre autographe signée, adressée à Émile Bernard, datant de juin 1890, Le Pouldu (lettre illustrée d’un dessin orignal d’un vase anthropomorphe offert à la sœur de Bernard). (4)Agrandir