Henri Matisse - Des lettres & des peintres

Juillet 2011 - Musée des lettres et des manuscrits , du 29 avril au 28 août
 

Henri Matisse

« Une cage aux fauves ». Tels sont les mots du critique Louis Vauxcelles lorsqu’il découvre, en 1905, l’accrochage polémique de cinq artistes avant-gardistes. Le fauvisme est né, Henri Matisse en sera le chef de file. Pour lui tout a débuté quelques années plus tôt, en 1890. Cloué au lit après une crise d’appendicite à l’âge de vingt ans, Henri reçoit une boîte de peinture, cadeau de sa mère pour le sortir de sa torpeur. Un geste maternel fondateur pour l’un des maîtres du XXe siècle. « L’amour n’est-il pas à l’origine de toute création ? », dira-t-il en 1953. Contemporain de Cézanne, de Picasso, son ami et rival, Matisse admire la peinture traditionnelle de Courbet et de Corot, se passionne pour l’Impressionnisme et la poésie. Ainsi fuit-il la noirceur de l’Occupation en illustrant les poèmes de Montherlant, l’un des projets les plus importants de sa carrière. Durant la deuxième guerre mondiale, conscient des dangers qui guettent le patrimoine artistique mondial, il tente de sauver la collection du marchand d’art d’origine juive, Paul Rosenberg, en adressant une lettre au conservateur du Petit Palais (nous la reproduisons ci-dessous). Exilé les dix dernières années de sa vie sur la Côte d’Azur, son « paradis terrestre », Henri Matisse développe à cette époque la technique des gouaches découpées et réalise en 1947 Jazz, (édition Tériade), assemblage inédit de planches colorées et de pages d’écriture que l’artiste définit ainsi : « Ces images aux timbres vifs et violents sont venues de cristallisations de souvenirs du cirque, de contes populaires ou de voyages. J'ai fait ces pages d'écriture pour apaiser les réactions simultanées de mes improvisations chromatiques et rythmées, pages formant comme un "fond sonore" qui les porte, les entoure et protège ainsi leurs particularités ». Tout au long de son existence, Matisse peindra dans l’optique d’atteindre l’émerveillement, en s’efforçant de poser sans relâche un regard neuf sur le monde, fidèle à sa devise : « il faut voir toute la vie comme lorsqu'on était enfant ».

 

Le signe de Montherlant

Sous la menace des bombardements nazis, Matisse, à l’époque installé à Vence, se lance dans l’illustration de Pasiphaé, Chants de Minos, récit mythologique revu par Henri de Montherlant. Dans une lettre datée de septembre 1943, le peintre fait part à l’écrivain de l’avancée de son travail et de ses obsessions... « J’espère qu’en considération de l’excellence que j’ai cherché à atteindre, vous voudrez bien agréer ces planches [...] ». Pour ce grand projet, Matisse choisit la gravure sur linoleum afin de capturer la subtilité des mouvements de sa main. Il retient le noir, le blanc et le rouge pour sublimer la plume de son ami. En 1944, le livre est édité à Paris par Martin Fabiani. Près de 147 linogravures y sont recensées.

  • Lettre autographe signée d'Henri Matisse à Henry de Montherlant, datée du 15 septembre 1943, Vence (1)
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  • Lettre autographe signée d'Henri Matisse à Henry de Montherlant, datée du 15 septembre 1943, Vence (2)
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  • Lettre autographe signée d'Henri Matisse à Henry de Montherlant, datée du 15 septembre 1943, Vence (3)
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  • Lettre autographe signée d'Henri Matisse à Henry de Montherlant, datée du 15 septembre 1943, Vence (4)
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  • Lettre autographe signée d'Henri Matisse à Henry de Montherlant, datée du 15 septembre 1943, Vence (5)
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L’ami des poètes

Matisse parle, poème d’Aragon écrit en 1940 illustre par les mots la simplicité du trait du peintre. Matisse fait de même en image pour ses amis poètes. Vers la fin de sa vie, il prend l’habitude de se lever chaque matin en lisant de la poésie, ce qu’il considère comme aussi important que la première bouffée d’oxygène de la journée. Dans ses correspondances, il s’inquiète de la santé de René Char (« [...] je compatis à ses douleurs et lui souhaite un prompt rétablissement. »), et s’investit d’autant dans les nombreuses illustrations qui lui sont commandées. Outre un portrait d’André Gide, Matisse illustre ainsi de nombreuses œuvres, dont les Poésies de Mallarmé en 1930, Les Fleurs du Mal de Baudelaire ou les œuvres de Ronsard, de Reverdy et même Ulysse de James Joyce.

  • Lettre autographe signée d'Henri Matisse adressée à Gaston Diehl, datée du 3 avril 1944, Vence. (1)
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  • Lettre autographe signée d'Henri Matisse adressée à Gaston Diehl, datée du 3 avril 1944, Vence. (2)
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  • Lettre autographe d'Henri Matisse signée envoyée à Christian Zervos, datée du 17 avril 1948, Vence. (1)
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  • Lettre autographe d'Henri Matisse signée envoyée à Christian Zervos, datée du 17 avril 1948, Vence. (2)
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  • Lettre autographe d'Henri Matisse signée envoyée à Christian Zervos, datée du 17 avril 1948, Vence. (3)
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  • Lettre autographe d'Henri Matisse signée envoyée à Christian Zervos, datée du 17 avril 1948, Vence. (4)
    Lettre autographe d'Henri Matisse signée envoyée à Christian Zervos, datée du 17 avril 1948, Vence. (4)Agrandir
 
 

Sous l’occupation

22 juin 1940, l’Allemagne occupe la partie nord de la France. Soucieux de conserver le patrimoine artistique mondial, Henri Matisse exprime son inquiétude au conservateur de Petit Palais, Raymond Escholier, dans une lettre datée du 15 juillet 1940. Le peintre redoute la saisie par les nazis des pièces appartenant à Paul Rosenberg, marchand d’art parisien : « Qu'en dira-t-on plus tard, quand on connaîtra leur histoire, de ceux qui pouvaient les abriter ? » Matisse compte sur les précieux conseils d’Escholier, à l’origine du transfert des collections du Petit Palais en zone libre, pour sauver ces merveilles de l’art moderne : « Il n'y a pas que mes tableaux auxquels je tiens, vous n'en doutez pas, mais de chefs (d'œuvre) de Courbet, Corot. » Malgré sa détermination, les œuvres passeront entre les mains de l’armée allemande.

  • Lettre autographe signée d’Henri Matisse adressée à Raymond Escholier, datée du 15 juillet 1940, Saint-Gaudens. (1)
    Lettre autographe signée d’Henri Matisse adressée à Raymond Escholier, datée du 15 juillet 1940, Saint-Gaudens. (1)Agrandir
  • Lettre autographe signée d’Henri Matisse adressée à Raymond Escholier, datée du 15 juillet 1940, Saint-Gaudens. (2)
    Lettre autographe signée d’Henri Matisse adressée à Raymond Escholier, datée du 15 juillet 1940, Saint-Gaudens. (2)Agrandir
  • Lettre autographe signée d’Henri Matisse adressée à Raymond Escholier, datée du 15 juillet 1940, Saint-Gaudens. (3)
    Lettre autographe signée d’Henri Matisse adressée à Raymond Escholier, datée du 15 juillet 1940, Saint-Gaudens. (3)Agrandir
 
© Succession H. Matisse pour les lettres de l'artiste